Paris - C'est dans son appartement sous les toits de Paris que Julien Fournié termine sa collection haute couture, qui défilera le 3 juillet. Avec peu de moyens mais une solide première d'atelier, sa jeune maison, grâce à des ventes régulières, survit d'une saison à l'autre.
"Bienvenue à la maison!", s'exclame le couturier barbu de 37 ans. D'un côté, la cuisine et un bureau mansardé, de l'autre un salon envahi par une dizaine de petites mains, pour la plupart stagiaires dans des écoles de mode.
"En temps normal, nous sommes six. On est obligés de commencer la collection trois ou quatre mois à l'avance", contre quelques semaines dans les grandes maisons qui ont des ateliers permanents bien plus fournis, explique cet ancien étudiant en médecine qui a bifurqué vers la mode. Il fait ses teintures lui-même, dans sa baignoire -- "il faut voir dans quel état elle est"--, et utilise des bombes de carrosserie pour imprimer des dégradés de couleurs.
Mme Jacqueline, première d'atelier formée chez Balmain et Dior, oriente d'une main sûre le travail de finition sur les 27 silhouettes de la collection "première déclaration". Déclaration d'amour à la haute couture, création sur mesure pour une clientèle d'élite, "la plus belle des aventures" pour Julien Fournié.
En pourparlers avec des partenaires financiers pour développer parallèlement du prêt-à-porter, il n'imagine pas abandonner l'artisanat de la couture qui lui sert de laboratoire."Je me battrai toujours pour ne pas renoncer à cette liberté", dit-il. "La couture, c'est un savoir-faire français, précieux mais vulnérable. Le jour où ça disparaît, on tombe dans la vente pure.
Alors pourvu que ça dure!", explique-t-il, alors que le coût de fabrication de ces pièces uniques, mêlant tissus précieux, broderies élaborées et fourrures rares, décourage bien des vocations en temps de crise.