KABOUL - Les talibans afghans qui ont dirigé l'Afghanistan de 1996 à fin 2001, le coran dans une main et une kalachnikov dans l'autre, ont évolué ; ils "tweetent" désormais et parlent de négociations de paix, mais leur retour au pouvoir après le départ des troupes de l'Otan fin 2014 fait toujours peur.
Leurs cinq années de règne demeurent une blessure vivace. Les talibans, des pachtounes sunnites du sud du pays, furent, au nom de l'Islam et de leurs coutumes, capables des pires cruautés. Ils massacrèrent notamment des milliers d'hazaras, une minorité chiite qui leur était opposée, à Mazar-i-Sharif en 1997.
Au quotidien, les femmes ont été obligées de porter la burqua et interdites de travailler, de sortir de chez elles non accompagnées. Celles convaincues d'infidélité étaient lapidées. L'éducation a été refusée aux filles. Les hommes étaient astreints à porter la barbe longue et l'habit traditionnel. Les exécutions sommaires se sont multipliées.
"Les talibans étaient soit des paysans, soit des anciens moudjahidines sans éducation. Seuls quelques-uns avaient fréquenté des écoles religieuses", justifie le Maulavi (qui veut dire dignitaire religieux, NDLR) Qalamuddin, ancien chef de la sinistre police des "vices et des vertus", à l'AFP.
En dix années de combats féroces, les forces pro-gouvernementales, dont les troupes étrangères, n'ont pu venir à bout des insurgés, longtemps aidé par des miliciens d'Al-Quaïda. Dans le même temps, Kaboul et les principales villes afghanes, se sont modernisées, bénéficiant de la présence étrangère.
L'éventualité d'un retour au pouvoir des talibans après le retrait entamé de 130.000 militaires de l'Otan d'ici trois ans fait donc trembler beaucoup d'Afghans.
"Maintenant, tout a changé. Je peux voir dans leur attitude que sur 80% des thèmes, ils ont évolué", affirme le Maulavi Qalamuddin, désormais membre du Haut conseil pour la paix, nommé par le président Hamid Karzaï pour faciliter le dialogue avec les rebelles.