Belgrade - L’indépendance du Kosovo, proclamée unilatéralement en 2008 mais non reconnue par une majorité d’Etats, sera discutée lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, qui s’ouvre ce mois de septembre. Depuis trois ans, la diplomatie serbe s’active pour dissuader les autres pays de reconnaître officiellement la sécession de son ancienne province ; elle a trouvé des alliés nombreux et inattendus.
Selon Jean-Arnault Dérens, après la proclamation d’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, le premier ministre Hashim Thaçi se faisait fort de recueillir en quelques semaines « une centaine » de reconnaissances internationales. Les promoteurs occidentaux du
nouvel Etat étaient eux aussi convaincus que le processus serait relativement rapide. La Serbie elle-même ne nourrissait pas de bien grands espoirs : elle avait choisi une stratégie de riposte très modérée, se contentant de rappeler, pour quelques mois, ses ambassadeurs en poste dans les premiers pays à avoir reconnu le Kosovo.
Début août 2010, cependant, ce n’était encore le cas que de soixante-neuf des cent quatre-vingt-douze membres des Nations unies (ONU). Un chiffre qui bloque Pristina à la porte de nombreuses organisations et institutions internationales et qui sonne comme un
succès majeur et assez inattendu pour Belgrade. La Serbie savait pouvoir compter sur ses deux puissants alliés, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : la Russie et la Chine. Mais c’est d’Afrique et d’Asie que sont venues les principales résistances à la reconnaissance du nouvel Etat. Un grand nombre de pays sont en effet confrontés à des revendications sécessionnistes ouvertes ou latentes, et voient d’un mauvais œil le précédent que représente le Kosovo. Le soutien apporté à Belgrade par le Maroc, l’Indonésie ou, au sein de l’Union européenne, par l’Espagne s’explique donc aisément.
La carte des Etats qui n’ont pas répondu à l’appel de Pristina dessine une géographie politique surprenante. S’y retrouvent la quasi-totalité de l’Amérique latine, les trois quarts de l’Union africaine et même la majorité des membres de l’Organisation de la conférence islamique. Dans ce dernier cas, le sentiment antiaméricain a, semble-t-il, été plus fort que la solidarité avec un pays à majorité musulmane, l’accession du Kosovo à l’indépendance ayant été perçue comme résultant d’un choix direct de Washington. Seuls les
gouvernements très liés aux Etats-Unis ont reconnu le nouvel Etat : l’Afghanistan, l’Arabie (...)