Varsovie - Une biographie controversée du journaliste polonais mondialement connu, Ryszard Kapuscinski, disparu il y a trois ans, a déchaîné cette semaine une vive polémique en Pologne sur les libertés prises par ce géant du reportage avec la réalité qu'il décrivait.
"Il faudrait déplacer certains livres de Ryszard Kapuscinski du rayon reportage au rayon roman", déclare à l'AFP Artur Domoslawski, auteur de cette biographie, dont le premier tirage à 45.000 exemplaires a été épuisé en trois jours.
Kapuscinski, auteur des ouvrages "Le Négus" (1978) et "le Shah ou la démesure du pouvoir" (1982), traduits dans une trentaine de langues, a transgressé, selon l'auteur, bien plus souvent qu'on ne l'avait pensé les frontières entre le reportage et la fiction littéraire.
"Dans son Négus, Kapuscinski avait par exemple qualifié d'illettré l'empereur éthiopien Hailé Sélassié, ce qui était faux". Il lui arrivait de rapporter des dires, des rumeurs sans les vérifier, affirme M. Domoslawski qui passait pourtant pour un ami et un disciple du grand reporter.
"C'est l'image, l'ambiance qui parfois importait plus pour Kapuscinski que la réalité", explique-t-il. Les exemples sont nombreux, étalés sur plus de six cents pages de son livre, intitulé "Kapuscinski non-fiction". L'auteur garde néanmoins tout au long de son récit une admiration intacte pour l'auteur d'"Ebène".
Domoslawski, lui-même grand reporter, a fait un travail de fourmi. Il a suivi à travers plusieurs continents les traces de Kapuscinski, visité les mêmes lieux, rencontré les mêmes personnes et confronté ses écrits avec leurs témoignages. Proche de Kapuscinski, il a pu puiser dans ses archives.