Malakoff (France) - L'artiste français Christian Boltanski, 65 ans, prépare son "oeuvre ultime", vendue en viager: à partir de janvier et jusqu'à sa mort, des caméras filmeront jour et nuit son atelier. Les images seront retransmises en direct dans une caverne en Tasmanie. Une sorte de jeu avec le diable.
Dans cette aventure artistique étrange, Mephistophélès a pris les traits d'un collectionneur tasmanien qui a fait sa fortune au casino, David Walsh: les images seront stockées sur DVD et l'acheteur n'aura "pas le droit d'en faire quoi que ce soit" du vivant de l'artiste.
"Cet homme pense qu'il est plus fort que le hasard et qu'il ne perd jamais", déclare Christian Boltanki dans un entretien à l'AFP réalisé dans son atelier, à Malakoff, en région parisienne. "Tout être qui ne perd jamais ou qui pense qu'il ne perd jamais est le diable forcément", souligne Boltanski, visage rond et crâne lisse.
"La particularité de cette oeuvre, c'est que c'est mon oeuvre ultime", explique l'artiste. "Elle va jusqu'à ma mort. Et j'ai vendu cette oeuvre en viager, au lieu de recevoir tout l'argent maintenant", ajoute-t-il. Joueur professionnel, Walsh a calculé que le viager sera financièrement intéressant pour lui durant les huit premières années. "Si je meurs dans trois ans, il est gagnant. Si je meurs dans dix ans, il est perdant", relève Boltanski, hanté depuis toujours par l'idée de la mort.
"Lui m'a assuré que je mourrai avant huit ans puisqu'il ne perd jamais. Il a sans doute raison. Je m'occupe peu de ma santé. En tout cas, je vais essayer de survivre. On peut toujours se battre avec le diable", poursuit ce fils de médecin.