TRIPOLI -Des dizaines de familles libyennes pauvres savourent leur premier ramadan libre depuis la chute de Mouammar Kadhafi dans les décombres du complexe militaire de Bab al-Aziziya, QG du dictateur défunt, où elles ont élu domicile.
"Nous n'arrivons pas à y croire: nous avons un foyer et célébrons le ramadan dans un endroit qui était autrefois complètement hors d'atteinte", se réjouit Sourour Rabti, l'une des habitantes du tristement célèbre complexe.
Bab al-Aziziya était la principale base à partir de laquelle opérait le colonel Kadhafi, jusqu'à ce que les rebelles soutenus par l'Otan pénètrent dans la caserne ultra-sécurisée le 23 août au cours d'une bataille décisive. Il n'en reste qu'un gigantesque champ de ruines, de bâtiments effondrés, de décombres et d'ordures. Une quarantaine d'habitations y ont été bricolées à partir des gravats.
Mme Rabti et sa famille ont emménagé dans une maison abandonnée du complexe en octobre, mois durant lequel Mouammar Kadhafi, après avoir dirigé la Libye d'une main de fer durant quatre décennies, a été capturé par des rebelles puis tué. Sa famille compte huit membres, dont trois gagnent de maigres salaires, et fait partie des plus aisées dans une zone de Bab al-Aziziya abritant quelques habitations décentes où la peinture fraîchement appliquée peine à dissimuler d'épaisses couches de suie.
Certains carreaux de la maison de Mme Rabti ont été fêlés par les explosifs utilisés lors de l'assaut contre Bab al-Aziziya. Spacieuse mais sommaire, elle abritait autrefois un officier de haut-rang vivant à quelques encablures de la résidence du Guide suprême libyen.
Les fenêtres brisées ont été remplacées par du plastique jaune, une porte de récupération tangue sur des charnières chancelantes tandis que d'autres ouvertures restent béantes.