Dakar - Des imams de la banlieue de Dakar sont à la tête d'un mouvement de revendications sociales contre le coût de l'électricité, les coupures de courant et les inondations, un fait nouveau au Sénégal dénoncé par le pouvoir comme l'action de religieux "membres de l'opposition".
"Nous avons pris les devants en tant que leaders religieux pour jouer un rôle dans la prise en charge des problèmes des populations. Certains nous prennent pour des opposants", reconnaît l'imam Youssoufa Sarr, porte-parole du Collectif des imams et résidants de Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar.
Ce Collectif, créé en novembre 2008 et dirigé par des imams pour régler au départ les questions liées à l'électricité, s'est ensuite élargi aux inondations, récurrentes au Sénégal à la moindre pluie un peu forte, et à la qualité de l'eau dans la banlieue de la capitale.
"Notre mouvement n'est pas religieux mais citoyen. C'est un cadre où des chrétiens et des animistes sont représentés. Le prophète Mahomet, notre référence, était éminemment politique. Il gérait la cité-Etat de Médine (Arabie) et dirigeait le culte", affirme M. Sarr, gestionnaire de formation à la retraite.
Les imams ont eu recours à des procédés de mobilisation variés: sermons, porte à porte, réunions publiques, marches. Récemment, ils ont appelé les populations sénégalaises à ne pas payer l'électricité si les coupures, très fréquentes, continuaient.
"C'est une rupture. Ces imams ont pris la direction de mouvements citoyens qui étaient autrefois le fait d'intellectuels", analyse Penda Mbow, historienne à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Au Sénégal, pays à 95% musulman réputé pour sa tolérance religieuse, l'islam est essentiellement confrérique.
La quasi totalité des Sénégalais appartiennent à des confréries et vouent un culte à des guides religieux très influents, les marabouts.