ADDIS ABEBA - Les images sont saccadées, les personnages vont et viennent, comme en dansant, au rythme d'une musique exotique donnant la part belle aux cuivres, alors que dans son petit canot M. Hulot connait les pires problèmes.
C'est un moment étonnant que partagent une centaine de personnes, majoritairement des Ethiopiens, réunies à l'Alliance Française d'Addis Abeba devant un grand écran en extérieur.
La projection dans la capitale éthiopienne des "Vacances de M. Hulot", mariée à un "Tati concert" avec le guitariste Girum Mezmur et son orchestre de jazz éthiopien, est la première étape africaine d'une tournée mondiale du film de Jacques Tati dans sa version totalement restaurée. L'idée est de faire découvrir l'oeuvre du cinéaste à un public qui le connaît peu ou pas du tout, en respectant
son esprit tout en laissant la liberté à des artistes locaux de se l'approprier l'espace d'une soirée.
"Franchement, je n'ai jamais vu les Ethiopiens rire autant devant une comédie. Le mélange a fonctionné auprès des jeunes notamment, grâce à cet humour international de Tati", confie Denis-Charles Courdent, directeur de l'Alliance, qui a prévu une semaine de projections de ses films, dont le célèbre "Mon Oncle".
"Il y a un côté universel dans l'oeuvre de Tati, une concision qui parle à tout le monde", explique Séverine Wemaere, déléguée générale de la Fondation Thomson-Technicolor pour le film et l'héritage télévisuel.
"Le Tati-concert permet de dédramatiser le côté un peu figé du patrimoine, de donner une autre entrée de lecture, et d'attirer les jeunes pour qu'ils voient les films de Tati", ajoute la jeune femme, à l'origine de cette manifestation avec Gilles Duval, délégué général de la Fondation Groupama-Gan pour le cinéma.